{"id":1381,"date":"2017-10-21T16:22:26","date_gmt":"2017-10-21T16:22:26","guid":{"rendered":"http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/?page_id=1381"},"modified":"2019-02-20T11:11:37","modified_gmt":"2019-02-20T11:11:37","slug":"stijn-peeters-victimes-et-bourreaux","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/stijn-peeters-victimes-et-bourreaux\/","title":{"rendered":"Stijn Peeters &#8211; Victimes et bourreaux"},"content":{"rendered":"<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1382\" src=\"http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1.jpg\" alt=\"\" width=\"635\" height=\"450\" srcset=\"http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1.jpg 635w, http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1-300x213.jpg 300w, http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1-624x442.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 635px) 100vw, 635px\" \/><\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\nStijn Peeters (1957), peintre, dessinateur et graveur n\u00e9erlandais, vit et travaille \u00e0 Eindhoven. En 2014, il r\u00e9alise un magazine de trente-deux pages qu\u2019il d\u00e9finit comme \u00ab une \u00e9tude autobiographique de la vie d\u2019un artiste \u00bb. EZEL en est arriv\u00e9 au quatri\u00e8me num\u00e9ro et a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Biennale de la bande dessin\u00e9e de Haarlem aux Pays-Bas.<\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1383 alignleft\" src=\"http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/2a.jpg\" alt=\"\" width=\"235\" height=\"360\" \/>Que repr\u00e9sente EZEL pour vous ?<\/strong><br \/>\nEZEL est une autobiographie dessin\u00e9e, ce n\u2019est pas un roman graphique dans lequel l&#8217;histoire prend une forme litt\u00e9raire. C\u2019est un r\u00e9cit personnel qui rend compte de la r\u00e9alit\u00e9 mais avec des digressions et des anecdotes.J\u2019aime qu\u2019il ya ait des associations d\u2019id\u00e9es personnelles. C\u2019est une forme fragment\u00e9e et d\u00e9structur\u00e9e tr\u00e8s proche de la narration orale. Dans le magazine, je dessine tout moi-m\u00eame, y compris les notes, les listes de courses et les photos. Il n\u2019y a ni photocopie, ni collage. Les dessins originaux sont scand\u00e9s et la couverture est en s\u00e9rigraphie.<br \/>\nJ\u2019ai commenc\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s sentimentale par un album photo de mon enfance. C\u2019est la source. L&#8217;histoire a une structure chronologique, sinon cela devient rapidement ennuyeux.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi avoir choisi le titre de EZEL (\u00c2NE)?<\/strong><br \/>\nC\u2019est d\u2019abord mon \u00ab nom de plume \u00bb, mais c\u2019est aussi le mot que l\u2019on utilise en n\u00e9erlandais pour parler d\u2019un chevalet de peintre. J\u2019ajouterais que l&#8217;\u00e2ne est un animal ent\u00eat\u00e9, fort, qui va de l\u2019avant, et se contente de tr\u00e8s peu. C\u2019est un animal humble, symbolique et biblique : il a port\u00e9 sur son dos Marie et Joseph pendant la Fuite en Egypte et le Christ lors de son entr\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem. Et&#8230; n\u2019oubliez pas que l\u2019\u00e2ne c\u2019est Dieu, comme l\u2019a \u00e9crit Gerard Van Het Reve dans un roman qui avait scandale! (Rire) Tout \u00e7a, bien s\u00fbr, c\u2019est de l\u2019humour. Franchement, il faut \u00eatre vraiment idiot pour faire tout ce que fait un artiste. Quand on est raisonnable, on ne choisit pas d\u2019\u00eatre artiste !<\/p>\n<p><strong>Mais pourtant l\u2019art est une n\u00e9cessit\u00e9 ?<\/strong><br \/>\nVous avez raison. Pour moi, l\u2019art et le quotidien sont intimement li\u00e9s. Ce qui m\u2019int\u00e9resse surtout c\u2019est de savoir qui est l\u2019Homme, l\u2019Humanisme en quelque sorte. C\u2019est la raison pour laquelle je montre la mani\u00e8re dont je fonctionne en tant qu\u2019artiste dans la soci\u00e9t\u00e9. On peut consid\u00e9rer EZEL comme une chronique : je transforme en images mon exp\u00e9rience de la vie et l\u2019influence que l\u2019homme peut exercer sur la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nTout est possible pour l\u2019Homme : l\u2019\u00e9tat d\u2019exaltation mystique comme la bestialit\u00e9 extr\u00eame. C\u2019est l\u00e0 le sort de l\u2019Etre humain et la trag\u00e9die de cette dualit\u00e9 ne dispara\u00eetra jamais. Il est parfois difficile de partager la souffrance d\u2019autrui ; ce sentiment d\u2019impuissance me pousse parfois \u00e0 r\u00e9agir en tant qu\u2019artiste. Je veux faire entendre ma petite musique, je ne peux pas rester impuissant. Dans le num\u00e9ro 3 de EZEL je fais r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab d\u00e9sastres de la guerre \u00bb de la prison d\u2019Abu Ghraib. J\u2019ai pris la d\u00e9cision d\u2019essayer de me mettre (autant que possible) dans la peau des prisonniers. Je me suis bas\u00e9 sur les photos publi\u00e9es dans les journaux et je me suis photographi\u00e9 dans les positions des victimes et des bourreaux.<\/p>\n<p><strong>D\u2019o\u00f9 vous vient cet engagement ?<\/strong><br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 Courbet j\u2019ai compris qu\u2019il est plus palpitant de prendre l\u2019actualit\u00e9 comme sujet, d\u2019\u00ab \u00eatre de son temps \u00bb comme on disait au XIXe si\u00e8cle. C\u2019est de l\u00e0 que vient la s\u00e9rie de peintures \u00ab L\u2019Homme de la rue \u00bb qui montrent des hommes debout et des enfants qui courent dans leur environnement. Pour la premi\u00e8re fois c\u2019\u00e9taient des peintures qui me ressemblaient vraiment. Par la suite c\u2019est devenu toujours plus engag\u00e9, mais je ne voulais pas non plus que cela devienne une marque de fabrique. Je ne voulais pas r\u00e9agir \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements. Finalement, les solutions techniques, mes sentiments et l\u2019histoire n\u2019ont fait qu\u2019un. C\u2019est avec le temps qu\u2019on dira si mon travail est l\u00e9ger ou pesant. Ce que j\u2019esp\u00e8re c\u2019est qu\u2019il transcende l\u2019esprit du temps. Mon point de rep\u00e8re est le lien que j\u2019op\u00e8re avec les grands exemples de l\u2019histoire de l\u2019art car je pr\u00e9f\u00e8re travailler avec les techniques traditionnelles, comme la peinture, le dessin et le graphisme.<\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1384 alignleft\" src=\"http:\/\/ronaldruseler.nl\/wp-tekst\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/2b.jpg\" alt=\"\" width=\"249\" height=\"385\" \/>Traditionnelles ?<\/strong><br \/>\nAvec les nouveaux m\u00e9dias et les installations dans les espaces urbains, on dit facilement que la peinture est d\u00e9pass\u00e9e et ne sert qu\u2019\u00e0 faire vivre les march\u00e9 de l\u2019art. C\u2019est vrai qu\u2019il y a de mauvaises peintures. L\u2019art de peindre est un m\u00e9dium s\u00e9duisant et c\u2019est idiot de le rejeter sous pr\u00e9texte qu\u2019il est pratiqu\u00e9 depuis des si\u00e8cles. L\u2019essentiel c\u2019est ce que l\u2019on veut exprimer, pas la mani\u00e8re de le faire, ni la technique que l\u2019on utilise.<\/p>\n<p><strong>La bande dessin\u00e9e a elle aussi une histoire assez ancienne\u2026<\/strong><br \/>\nC\u2019est vrai, mais mon travail se rapproche davantage de la photographie retravaill\u00e9e \u00e0 la main. Certains artistes utilisent des photos pour leurs peintures, mais pour moi c\u2019est comme de travailler sur Photoshop en couches successives, c\u2019est une forme de r\u00e9alisme qui ne me parle pas. Je pr\u00e9f\u00e8re la radicalit\u00e9 de la peinture de Munch ou de Soutine, malgr\u00e9 leurs erreurs.<\/p>\n<p><strong>Donc ce n\u2019est pas para hasard que vous avez accept\u00e9 de participer au festival de bande dessin\u00e9e de Haarlem ?<\/strong><br \/>\nJe connais les gens qui appr\u00e9cient mon travail, mais comment est-ce que je peux rencontrer les gens qui n\u2019ont pas la chance de comprendre la valeur de l\u2019art ? EZEL est le moyen pour moi de toucher un large public. L\u2019art n\u2019est pas un passe-temps, c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure, qui ne peut pas fonctionner s\u2019il ne rencontre pas un large public. Je cherche \u00e0 entrer en dialogue avec ce public car je ne peux exiger du spectateur de comprendre l\u2019essence de l\u2019art tout seul et lui dire : \u00ab D\u00e9brouille-toi tout seul \u00bb.<br \/>\nJ\u2019ai lu dans un livre sur Courbet qu\u2019il existe plusieurs types de publics, et que l\u2019artiste travaille dans son atelier pour un public \u00ab id\u00e9al \u00bb. Cette id\u00e9e de la construction d\u2019un public me semble vraiment int\u00e9ressante.<br \/>\nDans EZEL, je ne cherche pas \u00e0 mettre en avant ma r\u00e9ussite en tant qu\u2019artiste, mais je tiens \u00e0 montrer qu\u2019un artiste peut avoir une tr\u00e8s belle vie avec des amiti\u00e9s profondes et des conversations palpitantes. Ce que je veux montrer, c\u2019est ce dialogue d\u2019intimit\u00e9s constructives. EZEL est une \u0153uvre d\u2019art que l\u2019on peut lire et que l\u2019on peut \u00e9galement tenir dans ses mains.<\/p>\n<p>Ronald Ruseler &#8211; 2017<br \/>\nVictimes et bourreaux, entretien avec Stijn Peeters (Pays-Bas) pour\u00a0Area Revues ( Paris)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stijn Peeters (1957), peintre, dessinateur et graveur n\u00e9erlandais, vit et travaille \u00e0 Eindhoven. En 2014, il r\u00e9alise un magazine de trente-deux pages qu\u2019il d\u00e9finit comme \u00ab une \u00e9tude autobiographique de la vie d\u2019un artiste \u00bb. EZEL en est arriv\u00e9 au quatri\u00e8me num\u00e9ro et a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Biennale de la bande dessin\u00e9e de Haarlem aux Pays-Bas. 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